Le chemin dérangeant de l’amour

Une crèche qui dérange

La crèche, représentation de la naissance du Christ, suscite parfois malaise et questionnement. Un Dieu qui choisit de mourir sur la croix pour manifester son amour trouble et interpelle. L’amour, lorsqu’il s’exprime, se heurte souvent au rejet de l’humanité, précisément parce qu’il dérange. Aimer est un apprentissage long et difficile : un chemin à réinventer sans cesse, ponctué d’obstacles, d’échecs qui nous ramène constamment à nos propres limites. C’est cette dimension qui nous met mal à l’aise.

Le mystère de Noël : Dieu rejoint l’humanité

Le mystère de Noël révèle l’amour de Dieu qui vient nous rencontrer sur ce chemin chaotique. Ce Dieu ne condamne pas, mais relève ; il se fait humain, embrassant toute l’ambiguïté de notre nature, aussi bien sa beauté que sa laideur. L’artiste à l’origine de la crèche exposée à Bruxelles, catholique pratiquante, a médité ce mystère et l’a retranscrit avec sa propre sensibilité. Son œuvre ne contredit en rien le message évangélique : dès les récits de Matthieu et Luc, il est affirmé que Jésus, dès sa naissance, va déranger. L’annonce de la venue du « roi des Juifs » bouleverse Hérode et tout Jérusalem, symboles des pouvoirs religieux et politiques bien-pensants, confortés dans leurs certitudes.

La symbolique des éléments de la crèche

Les poupées de chiffon de la crèche s’inscrivent dans une tradition flamande et bruxelloise. Leurs vêtements précaires leur offrent une silhouette reconnaissable, rehaussée par le style. Offrir des vêtements à ceux qui sont nus, méprisés ou considérés comme des zombies, c’est leur rendre leur dignité. L’absence de visage, fréquente dans les crèches (comme celles exposées devant l’église Saint-Julien ou à Mainvault), invite chacun à se projeter dans l’un ou l’autre personnage.

Les visages du mal, de la misère et de l’amour

Le mal, la misère et l’amour n’ont pas de visage propre : ils se manifestent à travers les visages de chacun. Le mal se révèle dans les bourreaux, ceux qui propagent la haine, la séparation et le clivage. La misère prend le visage de ceux qui souffrent, sans distinction de couleur de peau, de religion ou de convictions. L’amour, enfin, prend le visage de celui qui aime, qui apporte tendresse et réconfort.

Quelle figure choisir ?

Face à ces possibilités, chacun est libre de choisir le visage qu’il décide d’incarner dans sa vie. Quoi qu’il arrive, au cœur de notre parcours d’amour chaotique, Dieu vient à notre rencontre, comme l’enfant qui mendie l’amour et qui fait confiance spontanément. C’est cela, la Bonne Nouvelle.